EXPOSITION
Art is the most fabulous currency
L'art est la plus fabuleuse des monnaiesDamien Hirst dans un entretien avec Joe la Placa pour Artnet, en 2007
L'argent permet d'échanger : des biens, du pouvoir, mais aussi de l'imaginaire. Quelles sont les limites que la monnaie impose à notre imagination ? Le billet, la pièce sont des supports rêvés pour les artistes qui en exploitent toute la valeur symbolique, et jouent avec les peurs et espoirs qu'ils évoquent. L'exposition virtuelle Art et Argent, liaisons dangereuses, permet de confronter des approches très différentes : l'argent peut être l'objet d'adoration, de détournements, ou de critiques parfois radicales.
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D'Andy Warhol à Sophie Calle, de Barbara Kruger à Ben Vautier, cette exposition qui évoluera au fil du temps va requérir les choix de l'internaute appelé à voter, à s'exprimer, à prendre part au projet. Des débats feront intervenir des artistes, des historiens de l'art, des philosophes, des galeristes…
Démarrer l'ExpositionFascinations
L’argent s’exhibe comme un signe de pouvoir, il en est fait étalage et demande à ce qu’on l’admire ; tout comme l’art qui s’incarne dans le regard. Jusqu’aux années 1960, l’avant-garde artistique, peu considérée par la société, n’était pas relayée par un marché ; certains artistes célèbres comme Marcel Duchamp passeront une grande partie de leur vie dans le dénuement. La reconnaissance venait surtout des autres acteurs du monde de l’art, artistes, critiques. A partir des années soixante, l’argent devient un élément accepté voire recherché par les artistes. L’art Pop ou celui des Nouveaux réalistes, qui se posent en reflet de la société de consommation, en absorbe les codes et les valeurs. Cette fascination pour l’argent, et en particulier pour l’argent fou devient dans les années 1990 compulsive et frénétique. L’argent devient même une reconnaissance plus importante que les autres, qui fait de Jeff Koons ou Richard Prince des artistes majeurs, sans que l’on sache trop si c’est leur travail ou le prix de vente de leurs œuvres que l’on admire.
Je vends, J'achète
Le fonctionnement économique fondé sur le capital est de moins en moins remis en cause aujourd’hui. La marchandise, le commerce sont des valeurs de référence ; le billet, la pièce, la carte bancaire sont les médiums les plus utilisés. Acheter, posséder, sont des réflexes bien implantés, ce qui nous définit, ce qui nous préoccupe. Les centres commerciaux sont devenus des temples du XXI° siècle. Les artistes montrent l’importance que l’acte de vendre ou d’acheter a dans nos sociétés, pour mieux révéler le matérialisme omniprésent. Cette domination aliène le corps considéré non plus comme un être humain, mais comme une source de plaisir accessible à tous, ou comme un réceptacle vide qui n’existe que par l’achat. L’analyse de cette réalité se trouve dans le monde dénonciateur de Barbara Kruger, ou celui porteur d’une douce ironie, de Matthieu Laurette ou de Claude Closky, qui infiltrent les logiques marchandes pour mieux en démontrer les mécanismes.
Flux
L’argent sert de lien : quasiment immatériel – les ordres de placement en bourse sont maintenant réalisés chaque milliseconde par des ordinateurs en réseau programmés par des traders avisés –, il permet d’échanger, de construire de manière très efficace. Circulant de main en main, l’argent met en relation des choses, des gens qui n’ont aucune affinité a priori, et transforme chacun en simple maillon. Cette chaîne qui s’étend au monde est un vecteur de diffusion et de communication sans égal, qui semble assurer la stabilité des relations humaines. L’œuvre d’art, au contraire, circule très peu : un collectionneur la garde sa vie durant s’il l’aime ; les musées respectent le principe d’inaliénabilité des œuvres, qui ne peuvent jamais être revendues, pour éviter toute spéculation : une œuvre achetée par un musée ne circulera plus, si ce n’est lors de prêts.
L’art corrompt l’argent
Avant même la Joconde ou la statue de la Liberté, les œuvres d’art les plus connues sont probablement les pièces de monnaie puis les billets de banque : plusieurs fois par jour nous les contemplons, les touchons. Leur création à la Monnaie de Paris par exemple et le résultat du travail des meilleurs orfèvres. Comme les œuvres d’art, les billets n’ont aucune valeur matérielle en soi : que vaut un morceau de papier imprimé de 5 cm sur 10, un flan de cupro-nickel de 23 ou 27 mm de diamètre, que vaut un rectangle de toile de lin badigeonné tendu sur quatre morceaux de bois ? Rien, ou si peu. La valeur réside dans la surface, non dans l’objet. Cette valeur iconique en fait un matériel à haute valeur esthétique ajoutée.
Modèles capitalistes
La création artistique fonctionne selon des règles aux antipodes de celles du capitalisme : une œuvre est considérée pour elle seule, ne procède pas d’une démarche accumulative; les artistes travaillent la plupart du temps seuls ce sont eux seuls qui permettent la plus-value de leurs œuvres et non le fruit d’une mise en commun du travail de plusieurs personnes. L’organisation artisanale du monde de l’art est régulièrement soulignée. L’art fonctionne sur le principe de la rareté et de l’unicité, tandis que le capitalisme fonctionne grâce à l’abondance et la sérialité. Georges Bataille range les arts dans la catégorie des dépenses improductives, activité dans laquelle la perte, la destruction sont des moments de création. Pourtant, ou peut-être à cause de cela, le système capitaliste et ses fondations que sont la monnaie, la bourse, l’État, l’armée, le pétrole, constituent des thèmes de réflexion porteurs. L’ère n’est plus aux utopies excepté chez certains, qui poussent la logique capitaliste jusqu’au bout pour en montrer les incohérences.
Salle des Marchés
La marchandisation pose toujours le même problème aux artistes : comment réduire à une valeur marchande, comment quantifier ce qui a une valeur surtout spirituelle ? Pourquoi ajouter une énième œuvre d’art dans un monde saturé où tout semble avoir été dit, fait ? Depuis une dizaine d’années, le marché de l’art a véritablement explosé, avec notamment les nombreuses foires internationales, les maisons de vente aux enchères, l’apparition de galeries internationales aux nombreuses succursales dans le monde, la flambée des prix. Le marché de l’art c’est l’énigme même du marché ; le marché à l’état pur, aux règles de spéculation imprévisibles, la rareté et la demande n’étant pas quantifiables. La réception d’une œuvre passe par sa diffusion et donc par le monde marchand. Lorsque l’artiste n’est pas connu ou n’a pas de marché, cette règle devient problématique : comment vendre ? Faut-il d’ailleurs vendre ? Pourquoi confondre la valeur d’une œuvre avec sa valeur marchande ?
Salle de conférences
Les relations entre l’art et l’argent sont à la fois riches et complexes. Si cette exposition virtuelle permet de voir de quelle manière les artistes se sont saisis de l’argent, elle laisse de côté d’autres points de vue d’acteurs du « monde de l’art ». Chaque mois, un intervenant différent, critique, galeriste, sociologue, conservateur, directeur de maison de vente, donnera sa perception des ces « liaisons dangereuses ». Vous pourrez envoyer vos questions ou leur poser directement via Twitter et poster des commentaires.





